mercredi, 17 septembre 2008

Monde de la Culture : Discours de Benoît XVI aux Bernardins

Discours de Benoît XVI au monde de la culture

Rencontre avec le monde de la culture Discours du pape Benoît XVI au collège des Bernardins, le
Vendredi 12 septembre
Monsieur le Cardinal,
Madame le Ministre de la Culture,
Monsieur le Maire,
Monsieur le Chancelier de l'Institut,
Chers amis,
Merci, Monsieur le Cardinal, pour vos aimables paroles. Nous nous trouvons dans un lieu historique,
lieu édifié par les fils de saint Bernard de Clairvaux et que votre prédécesseur, le regretté Cardinal
Jean-Marie Lustiger, a voulu comme un centre de dialogue de la Sagesse chrétienne avec les
courants culturels intellectuels et artistiques de votre société. Je salue particulièrement Madame le
Ministre de la Culture qui représente le gouvernement, ainsi que Messieurs Giscard d'Estaing et
Chirac. J'adresse également mes salutations aux ministres présents, aux représentants de l'UNESCO,
à Monsieur le Maire de Paris et à toutes les autorités. Je ne veux pas oublier mes collègues de
l'Institut de France qui savent ma considération et je désire remercier le Prince de Broglie de ses
paroles cordiales. Nous nous reverrons demain matin. Je remercie les délégués de la communauté
musulmane française d'avoir accepté de participer à cette rencontre ; je leur adresse mes vœux les
meilleurs en ce temps du ramadan. Mes salutations chaleureuses vont maintenant tout naturellement
vers l'ensemble du monde multiforme de la culture que vous représentez si dignement, chers invités.
J'aimerais vous parler ce soir des origines de la théologie occidentale et des racines de la culture
européenne. J'ai mentionné en ouverture que le lieu où nous nous trouvons était emblématique. Il est
lié à la culture monastique. De jeunes moines ont ici vécu pour s'initier profondément à leur vocation
et pour bien vivre leur mission. Ce lieu, évoque-t-il pour nous encore quelque chose ou n'y
rencontrons-nous qu'un monde désormais révolu ? Pour pouvoir répondre, nous devons réfléchir un
instant sur la nature même du monachisme occidental. De quoi s'agissait-il alors ? En considérant les
fruits historiques du monachisme, nous pouvons dire qu'au cours de la grande fracture culturelle,
provoquée par la migration des peuples et par la formation des nouveaux ordres étatiques, les
monastères furent des espaces où survécurent les trésors de l'antique culture et où, en puisant à ces
derniers, se forma petit à petit une culture nouvelle. Comment cela s'est-il passé ? Quelle était la
motivation des personnes qui se réunissaient en ces lieux ? Quelles étaient leurs désirs ? Comment
ont-elles vécu ?
Avant toute chose, il faut reconnaître avec beaucoup de réalisme que leur volonté n'était pas de créer
une culture nouvelle ni de conserver une culture du passé. Leur motivation était beaucoup plus
simple. Leur objectif était de chercher Dieu, quaerere Deum. Au milieu de la confusion de ces temps
où rien ne semblait résister, les moines désiraient la chose la plus importante : s'appliquer à trouver ce
qui a de la valeur et demeure toujours, trouver la Vie elle-même. Ils étaient à la recherche de Dieu.
Des choses secondaires, ils voulaient passer aux réalités essentielles, à ce qui, seul, est vraiment
important et sûr. On dit que leur être était tendu vers l'« eschatologie ». Mais cela ne doit pas être
compris au sens chronologique du terme - comme s'ils vivaient les yeux tournés vers la fin du monde
ou vers leur propre mort - mais au sens existentiel : derrière le provisoire, ils cherchaient le définitif.
Quaerere Deum : comme ils étaient chrétiens, il ne s'agissait pas d'une aventure dans un désert sans
chemin, d'une recherche dans l'obscurité absolue. Dieu lui-même a placé des bornes milliaires, mieux,
il a aplani la voie, et leur tâche consistait à la trouver et à la suivre. Cette voie était sa Parole qui, dans
les livres des Saintes Écritures, était offerte aux hommes. La recherche de Dieu requiert donc,
intrinsèquement, une culture de la parole, ou, comme le disait Dom Jean Leclercq : eschatologie et
grammaire sont dans le monachisme occidental indissociables l'une de l'autre (cf. L'amour des lettres
et le désir de Dieu, p.14). Le désir de Dieu comprend l'amour des lettres, l'amour de la parole, son
exploration dans toutes ses dimensions. Puisque dans la parole biblique Dieu est en chemin vers
nous et nous vers Lui, ils devaient apprendre à pénétrer le secret de la langue, à la comprendre dans
sa structure et dans ses usages. Ainsi, en raison même de la recherche de Dieu, les sciences
profanes, qui nous indiquent les chemins vers la langue, devenaient importantes. La bibliothèque
faisait, à ce titre, partie intégrante du monastère tout comme l'école. Ces deux lieux ouvraient
concrètement un chemin vers la parole. Saint Benoît appelle le monastère une dominici servitii schola,
une école du service du Seigneur. L'école et la bibliothèque assuraient la formation de la raison et
l'eruditio, sur la base de laquelle l'homme apprend à percevoir au milieu des paroles, la Parole.
Pour avoir une vision d'ensemble de cette culture de la parole liée à la recherche de Dieu, nous
devons faire un pas supplémentaire. La Parole qui ouvre le chemin de la recherche de Dieu et qui est
elle-même ce chemin, est une Parole qui donne naissance à une communauté. Elle remue certes
jusqu'au fond d'elle-même chaque personne en particulier (cf. Ac 2, 37). Grégoire le Grand décrit cela
comme une douleur forte et inattendue qui secoue notre âme somnolente et nous réveille pour nous
rendre attentifs à Dieu (cf. Leclercq, ibid., p. 35). Mais elle nous rend aussi attentifs les uns aux autres.
La Parole ne conduit pas uniquement sur la voie d'une mystique individuelle, mais elle nous introduit
dans la communauté de tous ceux qui cheminent dans la foi. C'est pourquoi il faut non seulement
réfléchir sur la Parole, mais également la lire de façon juste. Tout comme à l'école rabbinique, chez
les moines, la lecture accomplie par l'un d'eux est également un acte corporel. « Le plus souvent,
quand legere et lectio sont employés sans spécification, ils désignent une activité qui, comme le chant
et l'écriture, occupe tout le corps et tout l'esprit », dit à ce propos Dom Leclercq (ibid., p. 21).
Il y a encore un autre pas à faire. La Parole de Dieu elle-même nous introduit dans un dialogue avec
Lui. Le Dieu qui parle dans la Bible nous enseigne comment nous pouvons Lui parler. En particulier,
dans le Livre des Psaumes, il nous donne les mots avec lesquelles nous pouvons nous adresser à
Lui. Dans ce dialogue, nous Lui présentons notre vie, avec ses hauts et ses bas, et nous la
transformons en un mouvement vers Lui. Les Psaumes contiennent en plusieurs endroits des
instructions sur la façon dont ils doivent être chantés et accompagnés par des instruments musicaux.
Pour prier sur la base de la Parole de Dieu, la seule labialisation ne suffit pas, la musique est
nécessaire. Deux chants de la liturgie chrétienne dérivent de textes bibliques qui les placent sur les
lèvres des Anges : le Gloria qui est chanté une première fois par les Anges à la naissance de Jésus,
et le Sanctus qui, selon Isaïe 6, est l'acclamation des Séraphins qui se tiennent dans la proximité
immédiate de Dieu. Sous ce jour, la Liturgie chrétienne est une invitation à chanter avec les anges et
à donner à la parole sa plus haute fonction. À ce sujet, écoutons encore une fois Jean Leclercq : «
Les moines devaient trouver des accents qui traduisent le consentement de l'homme racheté aux
mystères qu'il célèbre : les quelques chapiteaux de Cluny qui nous aient été conservés montrent les
symboles christologiques des divers tons du chant » (cf. ibid., p. 229).
Pour saint Benoît, la règle déterminante de la prière et du chant des moines est la parole du Psaume :
Coram angelis psallam Tibi, Domine - en présence des anges, je veux te chanter, Seigneur (cf. 138,
1). Se trouve ici exprimée la conscience de chanter, dans la prière communautaire, en présence de
toute la cour céleste, et donc d'être soumis à la mesure suprême : prier et chanter pour s'unir à la
musique des esprits sublimes qui étaient considérés comme les auteurs de l'harmonie du cosmos, de
la musique des sphères. À partir de là, on peut comprendre la sévérité d'une méditation de saint
Bernard de Clairvaux qui utilise une expression de la tradition platonicienne, transmise par saint
Augustin, pour juger le mauvais chant des moines qui, à ses yeux, n'était en rien un incident
secondaire. Il qualifie la cacophonie d'un chant mal exécuté comme une chute dans la regio
dissimilitudinis, dans la 'région de la dissimilitude'. Saint Augustin avait tiré cette expression de la
philosophie platonicienne pour caractériser l'état de son âme avant sa conversion (cf. Confessions,
VII, 10.16) : l'homme qui est créé à l'image de Dieu tombe, en conséquence de son abandon de Dieu,
dans la 'région de la dissimilitude', dans un éloignement de Dieu où il ne Le reflète plus et où il devient
ainsi non seulement dissemblable à Dieu, mais aussi à sa véritable nature d'homme. Saint Bernard se
montre ici évidemment sévère en recourant à cette expression, qui indique la chute de l'homme loin
de lui-même, pour qualifier les chants mal exécutés par les moines, mais il montre à quel point il prend
la chose au sérieux. Il indique ici que la culture du chant est une culture de l'être et que les moines,
par leurs prières et leurs chants, doivent correspondre à la grandeur de la Parole qui leur est confiée,
à son impératif de réelle beauté. De cette exigence capitale de parler avec Dieu et de Le chanter avec
les mots qu'Il a Lui-même donnés, est née la grande musique occidentale. Ce n'était pas là l'œuvre
d'une « créativité » personnelle où l'individu, prenant comme critère essentiel la représentation de son
propre moi, s'érige un monument à lui-même. Il s'agissait plutôt de reconnaître attentivement avec les
« oreilles du cœur » les lois constitutives de l'harmonie musicale de la création, les formes
essentielles de la musique émise par le Créateur dans le monde et en l'homme, et d'inventer une
musique digne de Dieu qui soit, en même temps, authentiquement digne de l'homme et qui proclame
hautement cette dignité.
Enfin, pour s'efforcer de saisir cette culture monastique occidentale de la parole, qui s'est développée
à partir de la quête intérieure de Dieu, il faut au moins faire une brève allusion à la particularité du
Livre ou des Livres par lesquels cette Parole est parvenue jusqu'aux moines. Vue sous un aspect
purement historique ou littéraire, la Bible n'est pas un simple livre, mais un recueil de textes littéraires
dont la rédaction s'étend sur plus d'un millénaire et dont les différents livres ne sont pas facilement
repérables comme constituant un corpus unifié. Au contraire, des tensions visibles existent entre eux.
C'est déjà le cas dans la Bible d'Israël, que nous, chrétiens, appelons l'Ancien Testament. Ça l'est
plus encore quand nous, chrétiens, lions le Nouveau Testament et ses écrits à la Bible d'Israël en
l'interprétant comme chemin vers le Christ. Avec raison, dans le Nouveau Testament, la Bible n'est
pas de façon habituelle appelée « l'Écriture » mais « les Écritures » qui, cependant, seront ensuite
considérées dans leur ensemble comme l'unique Parole de Dieu qui nous est adressée. Ce pluriel
souligne déjà clairement que la Parole de Dieu nous parvient seulement à travers la parole humaine,
à travers des paroles humaines, c'est-à-dire que Dieu nous parle seulement dans l'humanité des
hommes, et à travers leurs paroles et leur histoire. Cela signifie, ensuite, que l'aspect divin de la
Parole et des paroles n'est pas immédiatement perceptible. Pour le dire de façon moderne : l'unité des
livres bibliques et le caractère divin de leurs paroles ne sont pas saisissables d'un point de vue
purement historique. L'élément historique se présente dans le multiple et l'humain. Ce qui explique la
formulation d'un distique médiéval qui, à première vue, apparaît déconcertant : Littera gesta docet -
quid credas allegoria...(cf. Augustin de Dacie, Rotulus pugillaris, I). La lettre enseigne les faits ;
l'allégorie ce qu'il faut croire, c'est-à-dire l'interprétation christologique et pneumatique.
Nous pouvons exprimer tout cela d'une manière plus simple : l'Écriture a besoin de l'interprétation, et
elle a besoin de la communauté où elle s'est formée et où elle est vécue. En elle seulement, elle a son
unité et, en elle, se révèle le sens qui unifie le tout. Dit sous une autre forme : il existe des dimensions
du sens de la Parole et des paroles qui se découvrent uniquement dans la communion vécue de cette
Parole qui crée l'histoire. À travers la perception croissante de la pluralité de ses sens, la Parole n'est
pas dévalorisée, mais elle apparaît, au contraire, dans toute sa grandeur et sa dignité. C'est pourquoi
le « Catéchisme de l'Église catholique » peut affirmer avec raison que le christianisme n'est pas au
sens classique seulement une religion du livre (cf. n. 108). Le christianisme perçoit dans les paroles la
Parole, le Logos lui-même, qui déploie son mystère à travers cette multiplicité. Cette structure
particulière de la Bible est un défi toujours nouveau posé à chaque génération. Selon sa nature, elle
exclut tout ce qu'on appelle aujourd'hui « fondamentalisme ». La Parole de Dieu, en effet, n'est jamais
simplement présente dans la seule littéralité du texte. Pour l'atteindre, il faut un dépassement et un
processus de compréhension qui se laisse guider par le mouvement intérieur de l'ensemble des textes
et, à partir de là, doit devenir également un processus vital. Ce n'est que dans l'unité dynamique de
leur ensemble que les nombreux livres ne forment qu'un Livre. La Parole de Dieu et Son action dans
le monde se révèlent dans la parole et dans l'histoire humaines. 
Le caractère crucial de ce thème est éclairé par les écrits de saint Paul. Il a exprimé de manière
radicale ce que signifie le dépassement de la lettre et sa compréhension holistique, dans la phrase : «
La lettre tue, mais l'Esprit donne la vie » (2 Co 3, 6). Et encore : « Là où est l'Esprit..., là est la liberté »
(2 Co 3, 17). Toutefois, la grandeur et l'ampleur de cette perception de la Parole biblique ne peut se
comprendre que si l'on écoute saint Paul jusqu'au bout, en apprenant que cet Esprit libérateur a un
nom et que, de ce fait, la liberté a une mesure intérieure : « Le Seigneur, c'est l'Esprit, et là où l'Esprit
du Seigneur est présent, là est la liberté » (2 Co 3, 17). L'Esprit qui rend libre ne se laisse pas réduire
à l'idée ou à la vision personnelle de celui qui interprète. L'Esprit est Christ, et le Christ est le Seigneur
qui nous montre le chemin. Avec cette parole sur l'Esprit et sur la liberté, un vaste horizon s'ouvre,
mais en même temps, une limite claire est mise à l'arbitraire et à la subjectivité, limite qui oblige
fortement l'individu tout comme la communauté et noue un lien supérieur à celui de la lettre du texte :
le lien de l'intelligence et de l'amour. Cette tension entre le lien et la liberté, qui va bien au-delà du
problème littéraire de l'interprétation de l'Écriture, a déterminé aussi la pensée et l'œuvre du
monachisme et a profondément modelé la culture occidentale. Cette tension se présente à nouveau à
notre génération comme un défi face aux deux pôles que sont, d'un côté, l'arbitraire subjectif, de
l'autre, le fanatisme fondamentaliste. Si la culture européenne d'aujourd'hui comprenait désormais la
liberté comme l'absence totale de liens, cela serait fatal et favoriserait inévitablement le fanatisme et
l'arbitraire. L'absence de liens et l'arbitraire ne sont pas la liberté, mais sa destruction.
En considérant « l'école du service du Seigneur » - comme Benoît appelait le monachisme -, nous
avons jusque là porté notre attention prioritairement sur son orientation vers la parole, vers l'« ora ».
Et, de fait, c'est à partir de là que se détermine l'ensemble de la vie monastique. Mais notre réflexion
resterait incomplète, si nous ne fixions pas aussi notre regard, au moins brièvement, sur la deuxième
composante du monachisme, désignée par le terme « labora ». Dans le monde grec, le travail
physique était considéré comme l'œuvre des esclaves. Le sage, l'homme vraiment libre, se consacrait
uniquement aux choses de l'esprit ; il abandonnait le travail physique, considéré comme une réalité
inférieure, à ces hommes qui n'étaient pas supposés atteindre cette existence supérieure, celle de
l'esprit. La tradition juive était très différente : tous les grands rabbins exerçaient parallèlement un
métier artisanal. Paul, comme rabbi puis comme héraut de l'Évangile aux Gentils, était un fabricant de
tentes et il gagnait sa vie par le travail de ses mains. Il n'était pas une exception, mais il se situait dans
la tradition commune du rabbinisme. Le monachisme chrétien a accueilli cette tradition : le travail
manuel en est un élément constitutif. Dans sa Regula, Benoît ne parle pas au sens strict de l'école,
même si l'enseignement et l'apprentissage - comme nous l'avons vu - étaient acquis dans les faits ; en
revanche, il parle explicitement du travail (cf. chap. 48). Augustin avait fait de même en consacrant au
travail des moines un livre particulier. Les chrétiens, s'inscrivant dans la tradition pratiquée depuis
longtemps par le judaïsme, devaient, en outre, se sentir interpelés par la parole de Jésus dans
l'Évangile de Jean, où il défendait son action le jour du shabbat : « Mon Père (...) est toujours à
l'œuvre, et moi aussi je suis à l'œuvre » (5, 17). Le monde gréco-romain ne connaissait aucun Dieu
Créateur. La divinité suprême selon leur vision ne pouvait pas, pour ainsi dire, se salir les mains par la
création de la matière. « L'ordonnancement » du monde était le fait du démiurge, une divinité
subordonnée. Le Dieu de la Bible est bien différent : Lui, l'Un, le Dieu vivant et vrai, est également le
Créateur. Dieu travaille, Il continue d'œuvrer dans et sur l'histoire des hommes. Et dans le Christ, Il
entre comme Personne dans l'enfantement laborieux de l'histoire. « Mon Père est toujours à l'œuvre
et moi aussi je suis à l'œuvre ». Dieu Lui-même est le Créateur du monde, et la création n'est pas
encore achevée. Dieu travaille ! C'est ainsi que le travail des hommes devait apparaître comme une
expression particulière de leur ressemblance avec Dieu qui rend l'homme participant à l'œuvre
créatrice de Dieu dans le monde. Sans cette culture du travail qui, avec la culture de la parole,
constitue le monachisme, le développement de l'Europe, son ethos et sa conception du monde sont
impensables. L'originalité de cet ethos devrait cependant faire comprendre que le travail et la
détermination de l'histoire par l'homme sont une collaboration avec le Créateur, qui ont en Lui leur
mesure. Là où cette mesure vient à manquer et là où l'homme s'élève lui-même au rang de créateur
déiforme, la transformation du monde peut facilement aboutir à sa destruction.
Nous sommes partis de l'observation que, dans l'effondrement de l'ordre ancien et des antiques
certitudes, l'attitude de fond des moines était le quaerere Deum - se mettre à la recherche de Dieu.
C'est là, pourrions-nous dire, l'attitude vraiment philosophique : regarder au-delà des réalités
pénultièmes et se mettre à la recherche des réalités ultimes qui sont vraies. Celui qui devenait moine,
s'engageait sur un chemin élevé et long, il était néanmoins déjà en possession de la direction : la
Parole de la Bible dans laquelle il écoutait Dieu parler. Dès lors, il devait s'efforcer de Le comprendre
pour pouvoir aller à Lui. Ainsi, le cheminement des moines, tout en restant impossible à évaluer dans
sa progression, s'effectuait au cœur de la Parole reçue. La quête des moines comprend déjà en soi,
dans une certaine mesure, sa résolution. Pour que cette recherche soit possible, il est nécessaire qu'il
existe dans un premier temps un mouvement intérieur qui suscite non seulement la volonté de
chercher, mais qui rende aussi crédible le fait que dans cette Parole se trouve un chemin de vie, un
chemin de vie sur lequel Dieu va à la rencontre de l'homme pour lui permettre de venir à Sa rencontre.
En d'autres termes, l'annonce de la Parole est nécessaire. Elle s'adresse à l'homme et forge en lui
une conviction qui peut devenir vie. Afin que s'ouvre un chemin au cœur de la parole biblique en tant
que Parole de Dieu, cette même Parole doit d'abord être annoncée ouvertement. L'expression
classique de la nécessité pour la foi chrétienne de se rendre communicable aux autres se résume
dans une phrase de la Première Lettre de Pierre, que la théologie médiévale regardait comme le
fondement biblique du travail des théologiens : « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer
devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte (logos) de l'espérance qui est en vous » (3,
15). (Logos doit devenir apo-logie, la Parole doit devenir réponse). De fait, les chrétiens de l'Église
naissante ne considéraient pas leur annonce missionnaire comme une propagande qui devait servir à
augmenter l'importance de leur groupe, mais comme une nécessité intrinsèque qui dérivait de la
nature de leur foi. Le Dieu en qui ils croyaient était le Dieu de tous, le Dieu Un et Vrai qui s'était fait
connaître au cours de l'histoire d'Israël et, finalement, à travers son Fils, apportant ainsi la réponse qui
concernait tous les hommes et, qu'au plus profond d'eux-mêmes, tous attendent. L'universalité de
Dieu et l'universalité de la raison ouverte à Lui constituaient pour eux la motivation et, à la fois, le
devoir de l'annonce. Pour eux, la foi ne dépendait pas des habitudes culturelles, qui sont diverses
selon les peuples, mais relevait du domaine de la vérité qui concerne, de manière égale, tous les
hommes.
Le schéma fondamental de l'annonce chrétienne ad extra - aux hommes qui, par leurs
questionnements, sont en recherche - se dessine dans le discours de saint Paul à l'Aréopage.
N'oublions pas qu'à cette époque, l'Aréopage n'était pas une sorte d'académie où les esprits les plus
savants se rencontraient pour discuter sur les sujets les plus élevés, mais un tribunal qui était
compétent en matière de religion et qui devait s'opposer à l'intrusion de religions étrangères. C'est
précisément ce dont on accuse Paul : « On dirait un prêcheur de divinités étrangères » (Ac 17, 18). Ce
à quoi Paul réplique : « J'ai trouvé chez vous un autel portant cette inscription : "Au dieu inconnu". Or,
ce que vous vénérez sans le connaître, je viens vous l'annoncer » (cf. 17, 23). Paul n'annonce pas
des dieux inconnus. Il annonce Celui que les hommes ignorent et pourtant connaissent : l'Inconnu-
Connu. C'est Celui qu'ils cherchent, et dont, au fond, ils ont connaissance et qui est cependant
l'Inconnu et l'Inconnaissable. Au plus profond, la pensée et le sentiment humains savent de quelque
manière que Dieu doit exister et qu'à l'origine de toutes choses, il doit y avoir non pas l'irrationalité,
mais la Raison créatrice, non pas le hasard aveugle, mais la liberté. Toutefois, bien que tous les
hommes le sachent d'une certaine façon - comme Paul le souligne dans la Lettre aux Romains (1, 21)
- cette connaissance demeure ambigüe : un Dieu seulement pensé et élaboré par l'esprit humain n'est
pas le vrai Dieu. Si Lui ne se montre pas, quoi que nous fassions, nous ne parvenons pas pleinement
jusqu'à Lui. La nouveauté de l'annonce chrétienne c'est la possibilité de dire maintenant à tous les
peuples : Il s'est montré, Lui personnellement. Et à présent, le chemin qui mène à Lui est ouvert. La
nouveauté de l'annonce chrétienne réside en un fait : Dieu s'est révélé. Ce n'est pas un fait nu mais
un fait qui, lui-même, est Logos - présence de la Raison éternelle dans notre chair. Verbum caro
factum est (Jn 1, 14) : il en est vraiment ainsi en réalité, à présent, le Logos est là, le Logos est
présent au milieu de nous. C'est un fait rationnel. Cependant, l'humilité de la raison sera toujours
nécessaire pour pouvoir l'accueillir. Il faut l'humilité de l'homme pour répondre à l'humilité de Dieu.
Sous de nombreux aspects, la situation actuelle est différente de celle que Paul a rencontrée à
Athènes, mais, tout en étant différente, elle est aussi, en de nombreux points, très analogue. Nos
villes ne sont plus remplies d'autels et d'images représentant de multiples divinités. Pour beaucoup,
Dieu est vraiment devenu le grand Inconnu. Malgré tout, comme jadis où derrière les nombreuses
représentations des dieux était cachée et présente la question du Dieu inconnu, de même,
aujourd'hui, l'actuelle absence de Dieu est aussi tacitement hantée par la question qui Le concerne.
Quaerere Deum - chercher Dieu et se laisser trouver par Lui : cela n'est pas moins nécessaire
aujourd'hui que par le passé. Une culture purement positiviste, qui renverrait dans le domaine
subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison, le
renoncement à ses possibilités les plus élevées et donc un échec de l'humanisme, dont les
conséquences ne pourraient être que graves. Ce qui a fondé la culture de l'Europe, la recherche de
Dieu et la disponibilité à L'écouter, demeure aujourd'hui encore le fondement de toute culture
véritable.

Merci beaucoup.

mardi, 09 septembre 2008

Bruxelles impose les OGM à l'Europe

Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF), a protesté aujourd'hui contre la décision de Bruxelles d'autoriser l'importation dans l'UE de produits contenant un soja génétiquement modifié, demandant un "moratoire" sur la consommation d'OGM.

Cette décision "est le symptôme de deux problèmes majeurs dans le fonctionnement de l'Europe", a estimé le député européen dans un communiqué.

"C'est une décision prise par les seuls commissaires de Bruxelles sans que les Etats aient pu dire un seul mot. La loi OGM votée récemment par le Parlement français n'est pas encore appliquée, qu'elle ne sert déjà plus à rien", a-t-il estimé.

mercredi, 02 juillet 2008

Philippe de Villiers : Oui à l'Europe, Non à Bruxelles !

jeudi, 19 juin 2008

Hubert Védrine : "l'intégration européenne n'est plus une voie d'avenir"

Le droit international est formel : un traité européen, qui est un traité international, ne peut être ratifié qu'à l'unanimité des Etats membres, sauf si tous les Etats membres ont décidé antérieurement, à l'unanimité, que ce traité pourrait être ratifié à la majorité, ce qui n'est pas le cas pour le traité de Lisbonne, pas plus que pour les traités européens antérieurs.

Toutes les lamentations ne changeront rien à cette réalité. Inutile donc de déplorer que 4 millions d'Irlandais – 800 000 électeurs – puissent "bloquer" 450 millions d'Européens. Tout le monde sait que s'il y avait eu des référendums partout, le non l'aurait emporté dans plusieurs pays. Le désaccord entre les élites et la population est désormais flagrant. Cet épisode est le énième soubresaut, après ceux de 2005, de la fuite en avant intégrationniste et européiste d'après Nice.

La poursuite de la ratification par les huit autres est bien sûr possible mais ne change pas cette réalité. Une renégociation à vingt-sept est inenvisageable, et aboutirait de toute façon aux mêmes résultats. La renégociation d'un traité de Lisbonne à vingt-six apparaîtrait comme une manipulation de la démocratie, alors que la démocratie représentative est déjà attaquée. Elle n'aura pas lieu. Les élites européennes ne peuvent pas prêcher l'état de droit dans le monde et s'en affranchir chez eux. Le "noyau dur" sera à nouveau évoqué ici et là mais ne se concrétisera pas.

Quels pays en feraient partie ? Pour faire quoi ? En passant outre aux oppositions des exclus de ce noyau dur ? En faisant ratifier comment cette création ? Cela ne se fera pas. Seule hypothèse : des améliorations limitées, point par point et sans emphase, des traités existants, par exemple, sur la présidence durable, à condition qu'elles soient ratifiables partout par la voie parlementaire. Seule solution, donc : que les Irlandais revotent un jour, si leurs dirigeants et les autres dirigeants européens estiment possible de prendre ce risque.

Dans ce cas-là, et si les Irlandais votent oui, l'Union passera, avec retard, du traité de Nice à celui de Lisbonne. Sinon, elle continuera à fonctionner dans le cadre de Nice. Il est temps d'admettre que l'intégration politique globale (au sens fédéraliste) de l'Union à vingt-sept n'ira pas plus loin que Nice (ou Lisbonne, si les Irlandais revotent, et votent oui). Et pourtant, l'Union a besoin d'agir et de lancer de nouvelles politiques. Comment ?

LA NON-RATIFICATION DU TRAITÉ DE LISBONNE NE DOIT PAS ÊTRE UNE EXCUSE POUR NE PLUS RIEN FAIRE

Il faudra distinguer clairement intégration (les peuples se fondent et s'en remettent à l'Europe) et construction (les peuples mettent en commun leur volonté d'agir ensemble). L'intégration a été longtemps présentée comme la seule voie légitime, mais ce n'est plus une voie d'avenir : dès que les peuples en ont l'occasion, ils votent contre. En revanche, il n'y a pas d'opposition aux politiques communes et aux projets.

Est-ce tragique ? Depuis une dizaine d'années, on a exagéré le rôle et la portée des traités et des institutions, comme si tout en dépendait de façon magique. On a créé des attentes énormes qui se sont muées en inquiétude. Le paroxysme a été atteint avec le projet de Constitution. Il faut changer de méthode. La non-ratification, à ce stade, du traité de Lisbonne, est regrettable. Mais elle ne doit pas être une excuse pour ne plus rien faire, au contraire.

Après tout, quel traité était en vigueur quand a été conçu le traité de Rome ? Aucun. Et est-ce grâce à des traités que Valéry Giscard d'Estaing et Helmut Schmidt, François Mitterrand, Jacques Delors et Helmut Kohl ont fait ce qu'ils ont fait ? Non, par volonté politique, la présidence française devait de toute façon se dérouler – avec ses avancées annoncées – sous l'empire du traité de Nice.

Ce ne sont pas les insuffisances des traités qui empêchent l'adoption d'une politique commune de l'énergie, mais les désaccords de fond sur la Russie, le nucléaire, la séparation entre production et distribution. En matière internationale (que faire au Proche-Orient? sur l'Iran? la Chine ? etc.), de toute façon, les décisions restaient à l'unanimité. Sur l'écologie, la recherche, l'Europe de la défense aussi, cela dépend d'abord de la volonté des gouvernements. Je ne pense pas qu'il faille réagir au non irlandais par des bricolages institutionnels. Ni par une fuite en avant dans "l'Europe politique", "sociale" ou "des citoyens" mal définie.

En tout cas, pas dans la situation actuelle. Cela réveillerait attentes impossibles à satisfaire, illusions bientôt perdues, désaccords de procédure et de fond et créerait plus de problèmes que cela n'en réglerait en mélangeant encore plus ce qui relève des Etats membres et ce qui relève du niveau européen. La confusion serait totale.

Ce qu'il faut, c'est l'affirmation d'une forte volonté commune des Vingt-Sept autour d'une priorité : défendre les intérêts des Européens dans la mondialisation en faisant de l'UE un pôle régulateur de la mondialisation sauvage. Ce qui peut se décliner : politique commune de l'énergie, de l'environnement et de la recherche, propositions de régulation financière et de réforme des institutions internationales (nouvelles positions dans l'Organisation mondiale du commerce, le Fonds monétaire internationnal, l'Organisation pour la coopération et le développement économiques, etc.), stratégie à long terme vis-à-vis des pays émergents, etc. Cela doit être expliqué et se voir.

Le moment est opportun : il y a partout, même aux Etats-Unis, une acceptation nouvelle, voire un désir nouveau, de règles. Tout cela peut et doit être entrepris sans attendre un meilleur traité.

 

Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères

Europe : "Il est urgent d'éviter de nouveaux bricolages institutionnels"

 


Hubert Védrine Ancien ministre des affaires étrangères

mardi, 17 juin 2008

L'Europe ne fait que des mécontents : français irlandais UMP & socialistes

La directive européenne "retour" votée mercredi par le Parlement européen "ne changera rien" à la politique française en matière d'immigration, a assuré mardi Brice Hortefeux.

Concernant la durée maximale de maintien des immigrés irréguliers dans les centres de rétention, que le projet de directive vise à ramener à 18 mois -certains pays n'ayant aucune limitation de durée-, M. Hortefeux a affirmé qu'il n'était "pas question" pour la France de la modifier. Cette durée maximale est de 32 jours en France, et limitée à 12 jours en moyenne.

Les députés européens doivent se prononcer mercredi sur l'instauration de règles communes pour l'expulsion des migrants clandestins, dite directive du "retour". Ce projet de directive qui remonte à 2005 suscite l'indignation des organisations de défense des droits de l'homme.

Dans une tribune publiée mardi par "Le Monde", les socialistes Michel Rocard et Jacques Delors s'élèvent contre un texte qui contient "plusieurs mesures outrancières".

Europe, Europe, Europe !! Et c'est la catastrophe, voilà ce qui arrive quand on a que ce mot là dans la bouche. Une preuve que l'UE actuelle ne sert à rien, les Peuples ne veulent d'ailleurs pas se faire gouverner par des directives de technocrates qui ne peuvent être que dangereuses pour leur démocratie.

Il faut en conclure que l'Europe de Bruxelles nuit à la démocratie, puisque le débat a lieu dans les journaux et les décisions se prennent sans les peuples voire contre leur avis (cf. traité de Lisbonne et constitution européenne)

Bravo et merci à tous nos politiciens. 

mercredi, 21 mai 2008

Le referendum, la dernier verrou populaire en passe de sauter

Le Figaro, 20/05/2008 

Bruno Retailleau, le sénateur (MPF) de la Vendée met en garde contre une réforme de la Constitution qui affaiblirait le recours au référendum et pourrait priver le peuple de son pouvoir de décision, notamment pour l'entrée de nouveaux pays dans l'Union européenne.

Conçue à son origine pour mettre un terme à un régime d'assemblée calamiteux et préparer la décolonisation en évitant la guerre civile, la Constitution de la Ve République doit aujourd'hui contribuer à moderniser l'État pour relever les défis du XXIe siècle. Par ailleurs, l'adoption du quinquennat et l'inversion du calendrier électoral ont eu pour effet de renforcer la présidentialisation du régime initiée en 1962 avec l'élection du président de la République au suffrage universel direct. Le résultat est qu'aujourd'hui, nos institutions claudiquent, avec un pouvoir exécutif puissant et un Parlement diminué. Or une démocratie moderne est tout autant caractérisée par une limitation et un équilibre des pouvoirs que par le recours au suffrage universel.

De ce point de vue, le projet de loi constitutionnelle adopté par le Conseil des ministres répond à cet enjeu en réévaluant la place du Parlement au sein de nos institutions, grâce notamment à une meilleure maîtrise de son ordre du jour.

Malheureusement, le projet de révision s'écarte du seul objectif de rééquilibrage de nos institutions qui aurait dû être le sien, pour supprimer «le verrou référendaire» préalable à tout élargissement de l'Union européenne postérieur à l'entrée de la Croatie. L'article 88-5 en question, qui soumet de manière impérative à la délibération du peuple l'entrée d'un nouvel état dans l'Union, avait été adopté pour rassurer les Français sur une éventuelle adhésion de la Turquie.

L'abrogation de cette garantie démocratique aurait trois inconvénients majeurs :

1°) Elle relancerait la crainte de l'entrée de la Turquie dans l'Europe. Certes, Nicolas Sarkozy a toujours réaffirmé son opposition à une telle perspective. Mais les négociations d'adhésion lancées en octobre 2005 poursuivent leur cours. Surtout, l'éventualité d'une adhésion turque se présentera, selon l'agenda de la Commission, après 2014…

Sur le fond, plusieurs événements ont renforcé ces derniers mois l'inopportunité de cette adhésion. Le nouveau traité de Lisbonne, qui indexe le pouvoir des états membres sur leur population, permettrait à la Turquie d'être en situation d'arbitrage et même de domination au sein des institutions de Bruxelles, compte tenu de sa puissance démographique (100 millions d'habitants en 2020).

Et, ne soyons pas naïfs, les Turcs utiliseront sans complexe la possibilité qui leur serait donnée ? Qui pourrait leur en faire le reproche ?

Décideur de premier rang, le pays le moins européen d'Europe serait aussi le premier bénéficiaire des fonds européens. Il épuiserait à lui seul les fonds structurels et ceux consacrés à la politique agricole, avec une agriculture qui emploie 7 millions de personnes contre 10 millions pour l'ensemble de l'Union.

Ces éléments s'ajoutent à l'argument central de la non-européanité de la Turquie. Elle n'est géographiquement européenne que pour moins de 5 % de son territoire. Cette proximité peut justifier un partenariat privilégié mais pas une intégration qui changerait la nature du projet européen, parce qu'elle détruirait l'idée même d'une identité européenne commune.

2°) Au-delà du cas emblématique de la Turquie, la suppression du verrou référendaire dans la Constitution reviendrait à mettre à l'écart du consentement populaire l'ensemble du processus d'élargissement. Est-ce bien opportun après la fuite en avant de ces dernières années ? La question des frontières est indissociable de la question de l'identité et du projet européens. Pour le moment, l'Europe est engagée dans une extension sans fin apparente. Elle est d'ailleurs tentée de sortir d'elle-même en se détachant de tout territoire particulier. Mais si l'Europe se définit comme vide de toute substance spécifique et ouverte au monde, alors ses limites sont celles de la planète. Comme l'a écrit Pierre Manent, «l'Union européenne ne serait en sommeque l'avant-garde de l'humanité en voie d'unification définitive». Est-ce bien ce projet, cette utopie messianique que nous voulons construire ?

Les critères de Copenhague n'auront jamais la capacité de projeter sur la moindre carte géopolitique une quelconque délimitation. Pour s'extraire de cette indéfinition permanente, il faut, comme le propose Hubert Védrine, «avoir le courage de dresser la liste des pays qui ont encore vocation à entrer dans l'Union».

3°) Troisième inconvénient, la restriction apportée à l'article 88-5 sera un curieux signal adressé au peuple souverain. En effet, la Constitution de 1958 a organisé la coexistence de trois sources de légitimité complémentaires et parfois concurrentes : celle des parlementaires, représentative par excellence, celle du président de la République et celle du référendum, c'est-à-dire de l'expression la plus directe de la volonté générale. Dansle cadre de la révision telle qu'elle est prévue, les prérogatives du Parlement seront augmentées, celles du président de la République élargies puisqu'il pourra s'exprimer devant les Assemblées et choisir de consulter ou non les Français sur les projets de ratification d'adhésionà l'Union. Seul serait donc amputé le pouvoir d'expression de la souveraineté populaire.

C'est parce que la réforme de nos institutions est souhaitable qu'il faut lui donner le maximum de chances de réussite, sans risquer de la gâcher par une abrogation contestable.

Le réveil politique de Philippe de Villiers (MPF) va bientôt sonner

Face à des cadres de son parti réunis samedi en bureau politique, pour la première fois depuis des mois, M. de Villiers, quasi-silencieux au plan national depuis la présidentielle, a fixé la stratégie pour les années à venir, mettant l'Europe au coeur de son discours.

"C'est le sujet qui commande tous les autres", selon M. de Villiers. A cause de la construction européenne, "le pouvoir n'a plus le pouvoir, le pouvoir ne peut rien faire", estime le président du conseil général de Vendée.

M. de Villiers veut présenter des listes MPF aux élections européennes dans chacune des circonscriptions électorales, en les présentant comme les "autres listes de la majorité": avec la majorité sarkozyste, sauf sur la question européenne.

"Mes rapports avec Sarkozy et Fillon ne sont pas du tout mauvais sur le plan humain", mais "je ne peux pas accepter le traité de Lisbonne" négocié par Nicolas Sarkozy pour remplacer la défunte Constitution européenne, explique à l'AFP M. de Villiers.

"Il faut revenir sur les abandons de souveraineté" consentis dans ce traité, et "le moment pour en parler, c'est la présidence française de l'Union européenne".

Si sur les européennes, M. de Villiers veut voler de ses propres ailes, il envisage des alliances avec l'UMP pour les régionales de 2010... sous réserve de compatibilité idéologique: "Il n'est pas impossible que si Roselyne Bachelot menait la liste UMP dans les Pays-de-la-Loire, je sois amené" à prendre la tête d'une liste concurrente, souligne-t-il ainsi.

Le président du MPF a remanié l'organigramme de son parti pour cette nouvelle feuille de route.

Fini l'esprit commando de la dernière campagne présidentielle, ou son bras droit Guillaume Peltier concentrait les responsabilités avec quelques proches.

L'éventail des cadres dirigeants doit être élargi, M. Peltier restant responsable des élections européennes et porte-parole de Philippe de Villiers, mais laissant le secrétariat général du parti au député européen Patrick Louis, et confiant des vice-présidences thématiques à chacun des parlementaires de son parti.

mardi, 20 mai 2008

Après la disparition du franc, l'europe prépare la mort des départements

mercredi, 23 avril 2008

Après la Constitution dite Traité de Lisbonne, la Turquie sans referendum

PARIS (AFP) - Le projet de réforme de la Constitution française présenté mercredi supprime l'obligation d'un référendum pour ratifier l'adhésion d'un nouveau membre de l'Union européenne, a indiqué le porte-parole du gouvernement Luc Chatel à l'issue du Conseil des ministres.

Cette révision entraînera, si elle est approuvée, la disparition de l'article 88-5 qui, depuis 2005, rendait obligatoire un référendum pour ratifier toute nouvelle adhésion à l'UE, une disposition qui avait été adoptée pour calmer les craintes suscitées en France par une éventuelle adhésion future de la Turquie à l'UE.

 

samedi, 05 avril 2008

L'Irlande est le dernier Etat démocratique d'Europe

Les Irlandais seront les seuls européens à être consultés sur le Traité de Lisbonne, ce sera le 12 juin 2008.

Les électeurs irlandais se prononceront par référendum sur le Traité de Lisbonne le 12 juin prochain, a annoncé le gouvernement jeudi, les appelant à l'approuver.

Le ministre des Affaires européennes Dick Roche a confirmé officiellement que la date retenue pour le référendum était bien le 12 juin. L'Irlande est le seul Etat-membre à soumettre le nouveau traité à référendum.

"Le référendum place encore une fois l'Irlande dans une position de pivot. Sans un 'oui' en Irlande, ce traité tombe et l'Union sera plongée dans une nouvelle période d'introspection. Cela fera du tort à l'UE et cela fera du tort à l'Irlande", a-t-il déclaré dans un discours devant le Parlement. Autrement dit on n'a pas le choix, il faut "oui" sans discuter !!

En 2005, la France et les Pays-Bas avaient dit "non" à la mouture précédente du Traité, plongeant l'UE dans la crise.

Laquelle ??? Aujourd'hui, les Vingt-sept espèrent une entrée en vigueur en 2009 pour le traité simplifié.

Si simplifié qu'on ne nous se donne même pas la peine de nous le faire lire et de nous demander notre avis !! 

Depuis des mois, Dublin reportait le moment de fixer une date pour ce référendum, car tous les opposants au Traité que comptent les Vingt-sept ont l'intention de venir faire campagne en Irlande, étant donné que les autres Etats-membres, instruits du précédent de 2005, se sont prononcés pour une ratification par voie parlementaire...dans le dos des Peuples, elle est belle et démocratique l'Europe !!